Thursday, December 15, 2005

La UNE du journal de Trois-Rivières


Trifluvienne bloquiste s'attaquant au premier ministre dans son comté
Elle doit accoucher le jour de l'élection
Par Patrick Jean
Journal de Trois-Rivières, 5 décembre 2005

C'est une Trifluvienne d'origine chinoise, monoparentale, enceinte de sept mois et demi et anglophone qu'a choisi le Bloc québécois pour affronter le premier ministre sortant Paul Martin dans son compté de Lasalle-Émard lors de la 93e élection fédérale au Canada. Lundi prochain, May Chiu sera officiellement investie comme candidate du Bloc québécois dans Lasalle-Émard, le bastion du premier ministre Paul Martin. Mme Chiu sort décidément de l'ordinaire. D'abord, elle est probablement la seule personne assez courageuse pour affronter Paul Martin, le premier ministre sortant du Canada, dans la circonscription Lasalle-Émard, située dans l'ouest de Montréal. Cela prend du front, surtout en sachant assurément que c'est une bataille perdue d'avance.

Élevée en anglais à Trois-Rivières
May Chiu dit que ce n'est pas le plus important. Elle veut plutôt montrer aux Québécois que les gens de communautés immigrantes peuvent aussi contribuer à leur l'espoir d'accéder un jour à l'indépendance du Québec. «Et puis, ce n'est pas certain que je vais perdre. Je suis actuellement au cégep pour recueillir les 100 signatures nécessaires pour ma candidature. Lorsque je dis aux gens que je me présente contre Paul Martin, ils signent tout de suite», a-t-elle lancé en entrevue téléphonique au Journal de Trois-Rivières. Mme Chiu, une allophone qui a parlé anglais toute sa jeunesse, même dans une ville hyper francophone comme Trois-Rivières, n'a jamais collé aux stéréotypes des immigrants de sa communauté culturelle.

Philo, histoire de l'art et droit
Plutôt que d'étudier les finances, comme la majorité des jeunes de sa communauté ethnique, May Chiu opte pour la philosophie et l¹histoire de l'art dans une université montréalaise, au grand dam de ses parents. Diplôme en poches, elle a ensuite travaillé comme intervenante sociale dans un organisme communautaire oeuvrant auprès de la communauté chinoise. Plus tard, Mme Chiu réorientera sa carrière vers le droit. Elle entreprend alors ses études à McGill. Après son Barreau, elle quitte le pays pour s'installer en Chine et découvrir ses origines. Elle y restera un an avant de revenir vers Montréal pour pratiquer le droit. Son expérience outre-mer lui permet de se dégoter un job en droit de l'immigration et de fonder son propre cabinet.

Elle accouchera le 23 janvier
Ensuite, May Chiu décide qu'il est temps de fonder une famille. Le père, un chinois d¹origine, est retourné dans son pays natal après avoir conçu l'enfant qu'elle porte maintenant en son sein. Mme Chiu élève donc son enfant seule et fera de même avec son second enfant. D'ailleurs, ce second enfant doit naître le 23 janvier prochain, jour de l'élection. Dans les faits, lorsqu'elle a décidé de courir le scrutin, les élections devaient avoir lieu au printemps et elle ne savait pas qu¹elle était enceinte. «Ce n'est pas grave. Je vais certainement devoir aller voter par anticipation», lance-t-elle dans un éclat de rire. «Je dis toujours aux gens qui m¹en parlent que si ma fille coopère, le Bloc aura deux candidats pour s'opposer à Paul Martin, pas seulement un!»