May Chiu: «Contester l'homme le plus puissant du pays»

(Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)
CANDIDATE FACE À PAUL MARTIN
La Presse, le mardi 20 décembre 2005
Par Tristan Péloquin
Enceinte, May Chiu, la candidate bloquiste qui affrontera Paul Martin dans son fief de LaSalle-Émard, pourrait bien passer le 23 janvier dans un lit de maternité. Mais n'allez pas dire à cette Chinoise d'origine qu'elle n'est qu'un «poteau» installé dans la circonscription pour meubler le vide. Elle vous prouvera le contraire.
«Les gens me voient un peu comme un spécimen exotique, c'est vrai», reconnaît l'avocate de 40 ans dans un français impeccable teinté d'un accent anglais. «Mais mon désir de contester l'homme le plus puissant du pays est extrêmement fort. Et je gagnerai ma campagne sur le terrain, comme je l'ai fait pour toutes les causes que j'ai défendues.»
Élevée à Trois-Rivières, celle qui gère aujourd'hui un centre d'aide à la communauté chinoise s'est découvert une passion pour les luttes sociales lors de ses études pour obtenir un premier baccalauréat, en philosophie et histoire de l'art. C'était pendant les années Reagan et Thatcher. «Les inégalités sociales me dégoûtaient. Alors je me suis engagée dans la lutte contre le régime d'apartheid d'Afrique du Sud.»
Après quelques mois de combat à distance, entrecoupés d'un bref passage dans le continent noir, la jeune militante s'est rendu compte qu'elle était «entourée d'inégalités» mais qu'elle combattait pour une cause très lointaine.
«J'ai alors milité pour les droits des autochtones. C'est là que j'ai vraiment commencé à me sentir, moi aussi, comme une minorité au sein d'une minorité.» De là, le pas vers le «combat» souverainiste était «tout naturel». «Mon appartenance au Québec est très forte. Je me reconnais dans la lutte des Québécois. Ils se battent pour s'affirmer, pour faire reconnaître leur différence. Moi aussi.»
Quand May Chiu a finalement décidé de se lancer en politique active et de défendre les couleurs du Bloc québécois, la circonscription de LaSalle-Émard, alors orpheline («J'ai fait le tour, dit-elle, et je n'ai trouvé aucune bribe d'organisation bloquiste»), est apparue comme un «choix évident». «Paul Martin, ça fait longtemps qu'il ne répond plus aux besoins sociaux des gens qui habitent dans la circonscription. C'est quelqu'un comme moi qu'il faut pour casser le décrochage social», dit l'avocate, qui défend à l'occasion des causes bénévolement devant les tribunaux.
Il suffit cependant de circuler quelques minutes dans les rues de la circonscription, où le visage de Paul Martin est omniprésent, pour constater qu'il n'est pas facile de se battre contre le premier ministre. «La limite de dépense dans la circonscription est de 68 000$. Je pense qu'on n'a même pas 10 000$ dans nos comptes», note la candidate.
«C'est sûr qu'avec le bébé qui s'en vient, j'ai aussi le désavantage d'être limitée dans mes déplacements et dans ma capacité de faire campagne. Mais ça n'enlève rien à mon désir de gagner.»
«Et quand je vois la poignée de bénévoles qui travaillent pour moi comme des forcenés pour défaire Paul Martin, j'ai juste envie de redoubler d'ardeur.»
http://www.cyberpresse.ca/article/20051220/CPACTUALITES02/51220140/5378/CPACTUALITES02

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